Interview

Mathieu ESMIEU (Guil Trail Club)

Mathieu ESMIEU (Guil Trail Club)

L'interview :

1. Quand et pourquoi as-tu choisi de pratiquer le trail en compétition ?

Durant ma jeunesse j'ai fait beaucoup de randonnée en famille durant lesquelles je prenais beaucoup de plaisir à être en montagne ou forêt mais souvent je m'ennuyais car j'avais le sentiment que nous n'allions pas assez vite, ou que nous aurions pu faire une sortie encore plus grande, c'est pourquoi j'ai commencé à aller courir seul en montagne vers mes 16 ans. Cela va faire 3 ans que j'ai commencé le trail en compétition, à l'occasion du trail du Queyras (30km 1800 d+) qui passait sur mes terres où j'ai passé une partie de mon enfance, je voulais me lancer un petit défi savoir si j'étais capable de finir ce trail. Je finis ce trail dans le dur en 4h sans avoir eu de réelle préparation, mais depuis ce moment, et le fait de l'avoir fini avec des conditions dantesques pluie tout le long du parcours, chute dans une descente, crampes dans les 5 derniers kms c'était une vraie aventure que je n'oublierai pas… J'ai vraiment pris le goût, et j'avais qu'une envie c'était de recommencer pour revivre ce genre de sensations, comme on dit chez nous l'appétit vient en mangeant. De plus venant d'un sport collectif (football) j'avais besoin de découvrir quelque chose d'autre pour me sentir totalement épanoui.

2. Quel trail t'a laissé le plus beau souvenir ?

De chaque trail j'en garde des beaux souvenirs généralement. Il y a toujours quelque chose à retenir d'un trail. J'ai envie de dire que c'est récemment sur le 50km du serre che trail Salomon. Ce qui était pour moi un nouveau défi car je n'avais jamais réalisé cette distance même en entrainement. Malgré le froid au départ (2°C) et pendant la course, l'ambiance était excellente et que dire du décor avec le lever de soleil en direct durant la première ascension, tous les sommets des alentours blancs et la première descente dans 2-3 centimètres de neige était un régal, j'avais l'impression de voler (sans me griller comme il restait encore 40 bornes). Bref tout le parcours était magnifique avec une vue incroyable, mais il était surtout très exigeant avec ses 4000 de D+, j'ai eu la chance de partager la fin de parcours avec Maud Gobert une grande championne qui m'a partagé son expérience et qui m'a motivé pour finir malgré des jambes ultra lourdes c'était un super trail au final je franchis la ligne avec Maud à la 12ieme place, sans elle j'aurai peut-être complètement craqué dans la dernière bosse.

3. Sur quel trail as-tu le plus souffert ? pourquoi ?

Il y en a eu plusieurs sur lesquels j'ai bien souffert, mais il y a eu qu'un seul trail pour l'instant où j'étais contraint à l'abandon c'était sur le trail du Champsaur en 2016 où le départ avait lieu de Savines, après un départ sur un rythme élevé j'ai senti un gros coup de moins bien à la fin de la première montée (aiguilles de Chabrières) j'avais les jambes tétanisées, j'avais mal au ventre je me suis arrêté 5 minutes puis je suis reparti mais quelques km plus loin impossible de courir au plat, puis vomissement, j'avais dépassé la mi-parcours mais impossible de m'alimenter je voulais finir mais plus aucune énergie. J'explique cela avec plusieurs facteurs la forte chaleur avec une alimentation certainement pas approprié avant la course et un départ mal géré (trop rapide). C'est dans l'échec qu'on apprend à mieux se connaitre.

4. As-tu une anecdote à partager sur une sortie ou une course en trail ?

Pas particulièrement, enfin le printemps dernier c'était en avril je crois j'étais parti me faire une sortie dans le massif de belledone. En redescendant du petit sommet que j'avais fait j'ai voulu m'éloigner du chemin qui était très rocailleux, pour aller rejoindre un gros névé qui était dans un couloir et qui devait bien faire 200-250m de long, me disant que ca allait être beaucoup plus sympa de me laisser glisser sur la neige, et ce fut le cas jusqu'au dernier mètre ou d'un coup je me suis retrouvé enfoncé jusqu'au ventre, j'ai dû mettre au moins 20 minute à me dégager de ce trou, et étant en short j'étais vraiment congelé.

5. Quels sont tes prochains trails ?

M'étant fait une grosse entorse, je pense reprendre tranquillement dans l'hiver fin janvier avec peut-être un trail blanc si les sensations et la motivation est là. Après je n'ai pas encore vraiment réfléchi aux objectifs que j'allais me fixer car je cours avant tout pour me faire plaisir même si à chaque fois je cherche à être meilleur. D'autant plus que cette année j'ai un emploi du temps assez chargé avec les études (préparation au capeps, concours pour être prof d'EPS) Je serai certainement au départ d'un des trails de la Skyrace de Montgenèvre support des championnats de France pour me situer par rapports aux meilleurs même si je sais que j'en suis encore très loin mais je ne sais pas encore quel format. En préparation à ce trail je pense faire la Skyrace des matheysins, le trail des écrins, trail de la dent de Crolles (chartreuse), puis après dans l'été je ferai des trails proche de la maison comme l'Ubaye trail Salomon et je referai sans doute le Serre Che trail et en concluant par la Guillestroise. J'aimerai aussi faire un ou 2 KV.

6. Combien de séances d'entraînement effectues-tu par semaine ?

Avant ma blessure, j'essayais d'avoir 4 séances par semaine dont une sur piste avec la fac + une séance de course d'orientation également avec la fac pour la préparation au concours. L'été je suis plus sur 2 séances par semaine mais avec une ou deux sorties VTT pour varier et garder un peu de fraicheur avant les courses. Après pour devenir plus compétitif je pense que d'une part ce n'est pas suffisant et d'autre part il faut que je recherche davantage la qualité même si c'est pas toujours le plus plaisant (fractionné, à plat en cote…) et essayer de respecter les différents blocs de préparation. Le fait d'être blessé pour un moment va me laisser le temps pour réfléchir à tout ça et planifier un petit programme cohérent pour revenir plus fort avec une certaine marge de liberté pour pouvoir répondre à la question qu'est-ce qu'il se cache de l'autre côté de cette montagne,de ce col ? Car le fait d'explorer de nouveaux horizons est une source supplémentaire de motivation.

7. Quelle est selon toi la séance d'entraînement primordial pour progresser en trail ?

J'ai envie de répondre qu'elles sont toutes importantes, car de mon point de vu le traileur doit être un athlète complet. Mais si on doit en désigner une je pense que les séances dites de PMA/VMA sont indispensables car ce sont elles qui vont nous permettre de pouvoir maintenir des intensités élevées durant les courses quel que soit le terrain et par conséquent d'améliorer ces temps. Mais après je pense qu'il est indispensable d'amener de la variété pour progresser.

8. Dernière question : Pour toi « l'esprit trail » c'est quoi ?

Pour moi l'esprit trail c'est le respect de la nature, le partage des émotions avec les autres. Un état d'esprit où chacun se sent libre, et vit sa propre aventure sur les sentiers.